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Qui, quoi, comment?
Pourquoi cette publication ?

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Formée en Histoire et Sciences sociales, j'ai été rattachée pendant dix ans au Laboratoire de Sciences sociales de l'ENS-EHESS aujourd'hui  au sein du Centre Maurice Halbwachs.

J'ai commencé à travailler à propos du cirque car je voulais explorer un sujet à propos des sociabilités, des pratiques culturelles et des publics qui n'ait pas encore été étudié. L'idée m'est venue en entendant par hasard de la musique de cirque. J'ai proposé mon intention à Daniel Roche, professeur à Paris-I, à l'EHESS, puis au Collège de France, dont je suivais le cours à propos des sociabilités. Je voulais travailler sur les publics du cirque: qui va au cirque, pour voir quoi et quels sens cela pouvait-il avoir dans la France du XVIIIe siècle. Daniel Roche m'a conseillé une bibliographie équestre. J'ai répondu que je souhaitais travailler au sujet du cirque et non du cheval (!). Il a souri et m'a dit "D'accord. On en reparle".

Résultat, j'ai travaillé sur les deux objets: le cirque et la culture équestre, car pour saisir et comprendre les publics il fallait faire se rejoindre ces deux voies. J'ai également choisi de me lancer dans une histoire comparative entre la France et l'Angleterre car le cirque moderne est né en Angleterre. A l'époque de mes recherches, il n'y avait pas encore de programme Erasmus, de très rares thèses comparatives, peu de travaux "à cheval" sur l'histoire moderne et contemporaine, et nous n'étions pas beaucoup d'historiens à considérer les sciences sociales.

C'est donc au croisement de ces axes que je me suis spécialisée en histoire culturelle des loisirs. Avec pour objet de recherche, le cirque. Et comme fil rouge, une question : comment se fabriquent les conditions d'une culture partagée par le plus grand nombre. Pour répondre, j'ai étudié les stratégies de positionnement des entrepreneurs, les conditions de production et de réception de leurs spectacles, les références communes qui créent du sens, les procédés tactiques, techniques et narratifs qui tissent et renouvellent la curiosité et l'intérêt des publics, les pratiques et les innovations culturelles. 

Par ailleurs je trouvais essentiel, pour étudier le passé, de comprendre le présent. Et inversement. J'ai donc étudié la sociologie en plus de l'histoire et c'est ainsi que je suis "arrivée" en Sciences sociales. Durant mes recherches, j'ai non seulement passé près de deux ans en Angleterre, comparaison oblige, mais j'ai aussi travaillé "sur le terrain" auprès des instances culturelles impliquées dans le monde du cirque contemporain au moment où, à la fin des années 1990, de profonds changements institutionnels et artistiques re-dessinaient l'univers du cirque et des arts du spectacle, les stratégies des acteurs, les politiques de soutien, comme l'offre et la distribution de spectacles ainsi que la façon de les nommer, ou de les promouvoir.

J'ai participé durant deux ans au Musée des Arts et Traditions populaires (Mnatp aujourd'hui Mucem) à une campagne d'acquisition au sujet du cirque ; j'ai collaboré à plusieurs projets avec Hors Les Murs (aujourd'hui Artcena), association des arts de la rue et des arts de la piste ; j'ai interviewé de nombreux directeurs et artistes de cirque, assisté à beaucoup de spectacles et festivals, échangé avec des collectionneurs et nombre de conservateurs, animé des séminaires et enseigné... 

Après ma soutenance, en juin 2004*, j'ai contribué à un projet culturel de loisirs, puis un autre lié aux musées (Fondation LVMH au Jardin d'Acclimation, Louvre Lens). Je suis devenue consultante et conseil en ingénierie culturelle sur des enjeux de faisabilité et d'appropriation de grands projets d'aménagement culturel et de projets de programmation. Le passage vers la communication et le planning stratégique auprès d'agences et chez l'annonceur c'est fait par ce biais. 

A plusieurs reprises j'ai été sollicitée pour que mes recherches soient éditées. Je remercie Guillaume Henry qui m'a contactée en 2017 pour les Editions Belin et qui m'a convaincue, avec Nicolas Chaudun, de prendre cette fois le temps de publier (merci merci !). Personne ne s'étant vraiment plongé dans les sources et les problématiques que j'avais traitées pour ma thèse, mon travail restait d'actualité. Peut-être même que ce livre et son approche arrivent à un meilleur moment, à l'heure où l'entrepreneuriat et les innovations culturelles, dorénavant bel et bien considérés au présent, encouragent la réhabilitation de pans entiers de l'histoire culturelle, ne cherchant plus seulement à valoriser le génie créateur mais à comprendre et considérer celles et ceux qui orchestrent la créativité.

Comme je crois beaucoup que comprendre hier est source d'inspiration, je suis ravie que le livre et ce site, www.theatrecirque.com, rendent enfin plus facilement accessible leur petite pierre à l'édifice d'histoires plus vastes. Je suis aussi extrêmement honorée que Daniel Roche en ait rédigé la préface. Merci à lui, immense historien, extraordinaire professeur et humaniste engagé, pour sa confiance en un sujet dont il a toujours cru et vu la portée.

Caroline Hodak, 2018

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